Deborah A. Rosen: Border Law. The First Seminole War and American Nationhood (reviewed by Tangi Villerbu)


Deborah A. ROSEN, Border Law: The First Seminole War and American Nationhood

Cambridge, MA, Harvard University Press, 2015, 328 p. ISBN : 9780674967618. $ 45.

 

Au milieu d’une production américaine très attachée à la narration, au récit historique comme littérature, le travail de Debora Rosen tranche singulièrement par son inscription dans une tradition de l’écriture juridique marquée surtout par une forme de systématisme qui confine à l’aridité. L’exposé y gagne souvent en clarté ce qu’il y perd en fluidité et en profondeur parfois. L’objectif de l’auteur est ici d’étudier la première guerre séminole (appellation que, soit dit en passant, il faudrait revoir, ce que Déborah Rosen signale bien), en 1817-1818, non pas sur le terrain (la bibliographie est déjà abondante sur le sujet) mais dans les débats juridiques qu’elle a occasionnés aux États-Unis, et ce avant tout au Congrès et au Sénat. Mis à part quelques plongées accessoires dans la presse, les sources de Deborah Rosen sont donc toutes imprimées : il s’agit de l’ensemble de la production des Chambres – débats et documents divers – par ailleurs entièrement disponible en ligne sur le site de la Bibliothèque du Congrès. Il s’agit de montrer comme les États-Unis – ou plutôt l’État américain – ont construit un argumentaire juridique pour justifier leur intervention armée en Floride alors espagnole (1), et par là de mettre en lumière la place de cette guerre dans l’affirmation du pays sur la scène internationale.

Quatre arguments sont avancés. La guerre aurait permis d’inclure les États-Unis dans le concert des nations, en élargissant la famille européenne ; de dresser en même temps une barrière entre les pratiques européennes et américaines en termes de relations internationales ; de poser que le droit américain s’inscrit dans des frontières culturelles et raciales strictes ; de définir de nouvelles règles pour justifier les interventions américaines à l’étranger au nom de l’intérêt national. Les deux derniers éléments semblent les plus importants, l’essentiel de l’ouvrage s’y rapporte de même que la conclusion. Les initiatives d’Andrew Jackson en tant que commandant militaire, parfaitement couvertes par le gouvernement, sont au cœur du problème : ce qui peut apparaître comme de grossières violations du droit international (des agressions patentes en pays étranger pour s’en prendre aux Indiens et aux esclaves en fuite ou aux Noirs libres, comme à leurs alliés blancs tels les deux Britanniques – Arbuthnot et Ambrister – exécutés après un jugement sans appel) a été reconstruit comme une application des principes d’Emeric Vattel. Les États-Unis en tant que nation avaient le droit pour protéger leurs intérêts vitaux de pénétrer en Floride car elle n’était selon eux pas contrôlée et que de toute façon ce n’était pas à l’Espagne qu’ils s’en prenaient mais bien à des groupes particuliers qui remettaient en cause leur sécurité intérieure en sapant les bases du système esclavagiste.

Un des points forts de la démonstration est l’intégration des opposants à la guerre, au nom du droit ou par crainte de voir émerger trop fortement une figure de chef militaire (Jacskon) sur la scène politique (2) ; on ne peut de même que constater avec Deborah Rosen l’existence d’un argumentaire dont l’utilité sera prouvée durant de très longues décennies. Cependant, si l’auteur n’oublie pas l’historiographie – ses très riches notes en témoignent – et s’insère bien dans une réflexion plus large sur la construction nationale américaine par l’affirmation d’une politique étrangère (3), elle veut tellement montrer la centralité de la première guerre séminole qu’elle en oublie que le conflit s’inscrit dans une histoire plus longue, que les États-Unis ont déjà bâti des relations internationales et sont déjà intervenus à l’étranger avant 1817 – en faisant la guerre aux pirates barbaresques entre 1801 et 1805 ou en tentant une invasion du Canada lors de la guerre de 1812 – de même que la mise hors du droit des Indiens et des Noirs ne date pas de 1817-1818 : la guerre séminole participe à n’en pas douter à une évolution mais elle n’est pas une matrice unique. Par ailleurs, il faut regretter que les « opinions » que Deborah Rosen scrute au Congrès et au Sénat soient si désincarnées : ce ne sont que des noms de Représentants et de Sénateurs associés à des paroles/textes, mais sans aucun substrat. La démonstration aurait gagné à un questionnement sur les processus de construction culturelle ou sociale des discours plutôt qu’à leur analyse « hors-sol ».

 

Notes

1 De ce point de vue l’ouvrage rappelle le récent travail de Emmanuel Larroche, L’expédition d’Espagne. 1823. La guerre selon la Charte, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.

2 Cette opposition à l’agression extérieure est très bien traitée pour la Guerre du Mexique par Amy S. Greenberg, A Wicked War: Polk, Clay, Lincoln, and the 1846 U.S. Invasion of Mexico, New York, Knopf, 2012, qui prend un chemin narratif inverse de celui de Rosen.

3 Eliga H. Gould, Among the powers of the Earth: The American Revolution and the Making of a New World Empire, Cambridge, MA, Harvard University Press, 2012.

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Dokumenttyp
Rezension (Monographie)
Zeitschrift
Revue d'histoire du XIXe siècle
Autor (Rezension)
Textsprache(n) (Rezension)
French
Textsprache(n) (der rezensierten Schrift)
English
Autoren
Titel
Border Law
Untertitel
The First Seminole War and American Nationhood
Erscheinungsjahr
2015
Erscheinungsort
Cambridge
Verlag
Harvard University Press
Umfang
328
ISBN
9780674967618
Thematische Klassifikation
Militär- und Kriegsgeschichte, Politikgeschichte, Rechtsgeschichte
Zeitliche Klassifikation
19. Jh.
Regionale Klassifikation
USA
Schlagwörter
Militärtribunal
Nationenbildung
Seminolen-Krieg <1818-1819>
USA
Original URL
http://rh19.revues.org/4966
recensio-Datum
09.05.2016
recensio-ID
a8ac4a7531594cd4af2d0a2c9faef6b0
DOI
10.15463/rec.1189719091

Villerbu, Tangi: Rezension über: Deborah A. Rosen, Border Law. The First Seminole War and American Nationhood, Cambridge: Harvard University Press, 2015, in: Revue d'histoire du XIXe siècle, 2015, 51, DOI: 10.15463/rec.1189719091, heruntergeladen über Website

URL
https://recensio-stag.lorax.syslab.com/rezensionen/zeitschriften/rh19/2015/51/border-law
Erstpublikation
http://rh19.revues.org/4966

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