Chantal Gaillard / Georges Navet (eds.): Dictionnaire Proudhon (reviewed by Jean-Christophe Angaut)


Chantal Gaillard et Georges Navet [dir.], Dictionnaire Proudhon

Bruxelles, Aden, 2011, 560 p. ISBN : 978-2-930402-94-9. 35 euros

 

Complexe, en constante évolution et livrée dans une multitude d’ouvrages et de manuscrits donnant parfois l’impression d’être peu structurés, la pensée de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) représente un défi considérable pour les historiens des idées qui chercheraient à en avoir une vue d’ensemble. C’est que Proudhon, doté d’une formation autodidacte, acquise notamment comme typographe, a beaucoup écrit, sous les formats les plus divers (traités philosophiques comme son grand œuvre De la justice dans la Révolution et dans l’Église, pamphlets, articles de journaux, manuscrits inachevés), souvent dans un contexte polémique, et sans jamais se soucier réellement des normes de composition qui sont celles des œuvres de philosophie. Le Dictionnaire Proudhon dirigé et rédigé par certains des meilleurs spécialistes de l’œuvre du philosophe bisontin, représente à cet égard une entreprise originale et fort utile, qui ne propose ni un choix de textes (à l’instar du volume édité par Pierre Ansart en 1984(1)), ni une tentative de reconstruction systématique de cette pensée (tâche qui reste à accomplir), ni encore une biographie intellectuelle (2). Bien plutôt, ce Dictionnaire fournit, au travers de ses 47 articles (depuis « Anarchie » jusqu’à « Valeur »), qui sont autant de portes d’entrée, un parcours des principaux thèmes autour desquels s’articulent les textes proudhoniens.

 

Disons-le d’emblée, cet ouvrage constitue une remarquable voie d’accès à la pensée proudhonienne, non seulement pour toute personne qui chercherait à s’y initier, mais aussi pour des chercheurs qui tenteraient de se repérer dans un corpus foisonnant. Il contient des mises au point précieuses, par exemple sur le rapport de Proudhon à l’anarchisme, sur son antiféminisme, sur sa pensée du droit, ou encore sur sa conception de la propriété. Chacun des articles commence par retracer le destin du thème considéré dans la genèse de l’œuvre de Proudhon avant d’en présenter ce qu’on pourrait appeler la conception classique – le plus souvent la manière dont ce thème est traité dans De la justice. Est ainsi évité tout risque d’illusion rétrospective, qui pourrait consister ou bien à lire le premier Proudhon à partir du dernier, ou bien à lire Proudhon en fonction de sa postérité. De ce dernier point de vue, on peut toutefois regretter que l’ouvrage n’accorde presque aucune place à la réception, parfois contradictoire, de l’œuvre de Proudhon, chez des auteurs aussi différents que Michel Bakounine, Georges Sorel ou Charles Maurras – mais il est clair qu’une telle démarche aurait donné au volume des proportions considérables et l’aurait rendu peu maniable. Chaque article est en outre suivi d’une référence à d’autres articles avec lesquels il entre en résonance ou en réseau, ce qui donne à penser que la philosophie de Proudhon se prête peut-être plus qu’aucune autre à une approche de ce type.

 

À la lecture de ce Dictionnaire Proudhon, se dessine finalement la profonde cohérence d’une pensée beaucoup plus systématique qu’on ne l’a souvent prétendu, où les contradictions apparentes tiennent davantage à la différence des contextes d’énonciation qu’à l’inconséquence de l’auteur. Les seules réserves qu’appelle une telle entreprise tiennent aux contraintes du genre et à l’état du corpus. Certains articles sont partiellement redondants : ainsi des articles « Famille » et « Femme », qui se recoupent largement, au point que des citations identiques se retrouvent dans les deux. En outre, le choix d’une approche thématique au détriment d’une approche conceptuelle conduit à laisser de côté quelques concepts qui structurent pourtant la pensée proudhonienne : on songe notamment au concept de résultante, si important pour la conception proudhonienne de la dialectique, et qui n’est pas même mentionné dans l’article consacré à cette dernière. S’agissant du corpus, comme le rappellent les auteurs, l’œuvre de Proudhon est toujours en attente d’une édition de référence, qui comprendrait notamment les nombreux manuscrits inédits conservés à Besançon et en cours d’édition, de sorte que les références demeurent dispersées et que certains textes ne sont pas pris en considération par les auteurs. Ces réserves mises à part, le Dictionnaire Proudhon, qui devrait accéder rapidement au statut d’ouvrage de référence dans la littérature proudhonienne, représente un outil de travail indispensable, qui pourrait permettre enfin à l’œuvre de Proudhon de bénéficier de la considération qu’elle mérite.

 

 

Notes

 

(1) Pierre Ansart, Proudhon, collection « Textes et débats », Paris, Le Livre de poche, 1984.

(2) On songe à l’ouvrage d’Anne-Sophie Chambost, Proudhon, l’enfant terrible du socialisme, Paris, Armand Colin, 2009.



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Dokumenttyp
Rezension (Monographie)
Zeitschrift
Revue d'histoire du XIXe siècle
Autor (Rezension)
Textsprache(n) (Rezension)
French
Textsprache(n) (der rezensierten Schrift)
French
Herausgeber der präsentierten Monographie
Titel
Dictionnaire Proudhon
Erscheinungsjahr
2011
Erscheinungsort
Bruxelles
Verlag
Aden
Umfang
560
ISBN
978-2-930402-94-9
Thematische Klassifikation
Ideen- und Geistesgeschichte, Politikgeschichte
Zeitliche Klassifikation
19. Jh.
Regionale Klassifikation
Frankreich
Schlagwörter
Proudhon, Pierre-Joseph
Politisches Denken
Wörterbuch
recensio-Datum
19.02.2014
recensio-ID
cbdeef240cdf4ad2b638f895c4452c6c
DOI
10.15463/rec.1189728878

Angaut, Jean-Christophe: Rezension über: Chantal Gaillard / Georges Navet (eds.), Dictionnaire Proudhon, Bruxelles: Aden, 2011, in: Revue d'histoire du XIXe siècle, 2013, 46, DOI: 10.15463/rec.1189728878

URL
https://recensio-stag.lorax.syslab.com/rezensionen/zeitschriften/rh19/2013/46/dictionnaire-proudhon

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