Cahiers pour l’analyse concrète, 70-71 (2013), François Vidal, De la répartition des richesses ou de la justice distributive en économie sociale, ouvrage contenant l’examen critique des théories exposées soit par les économistes, soit par les socialistes (reviewed by Raymond Huard)


François Vidal, De la répartition des richesses ou de la justice distributive en économie sociale, ouvrage contenant l’examen critique des théories exposées soit par les économistes, soit par les socialistes

Réédité (1re édition 1846) par les Cahiers pour l’analyse concrète, n° 70-71, 2013, 412 p. ISSN : 0398-0677

 

 

François Vidal, avocat né à Coutras en février 1812, est surtout connu des historiens comme secrétaire général de la Commission du Luxembourg en 1848, avant d’être élu, en mars 1850, dans le département de la Seine avec deux autres candidats républicains, Hippolyte Carnot et Paul de Flotte, déclenchant ainsi dans la majorité conservatrice de l’Assemblée une inquiétude tout à fait excessive. Mais il est aussi l’auteur d’un ouvrage important publié en 1846, De la répartition des richesses…, dans lequel il passe en revue les conceptions des économistes et des théoriciens socialistes contemporains. Les Cahiers pour l’analyse concrète ont eu l’excellente et audacieuse idée de republier cet ouvrage qui se distingue par sa rigueur et qui montre aussi, du même coup, à quelles difficultés théoriques ou même à quelles impasses pouvait se heurter, peu avant 1848, un auteur qui proposait un changement social radical.

 

Le titre de l’ouvrage en indique la visée dominante. Bien plus qu’à la production des richesses – que cependant il ne néglige pas –, François Vidal s’intéresse à leur répartition, car c’est de leur injuste répartition que procède le paupérisme contemporain. Pour lui, cette question relève de « la science sociale », « science du bonheur de l’humanité », dont l’aboutissement doit être de « gouverner selon la justice ». Il récuse la science économique de son temps qu’il juge purement « descriptive » ou « négative » parce qu’« elle prend ce qui est pour ce qui doit être ». Au contraire, l’économie doit être « la science qui enseigne comment il faut organiser l’industrie et répartir les richesses conformément aux principes de l’utilité générale et de la justice distributive ».

 

François Vidal passe d’abord en revue, de façon très fouillée, les différentes théories économiques, celle de Quesnay, des libéraux (Smith, Malthus), de l’école critique représentée par Sismondi, de l’école « éclectique » et de l’école chrétienne. Tout en étant assez indulgent pour Malthus, « philanthrope sincère », et encore bien plus pour Sismondi qui « a fait justice des théories négatives de l’école libérale », mais s’est limité à la critique, il conclut que les économistes n’ont pas vraiment de théorie de la répartition. Comme ils se focalisent sur « le produit net », ils se contentent d’enregistrer ses formes : rente, fermage, intérêts, profits, salaires. Or la situation actuelle montre justement que ce type de répartition provoque des dégâts majeurs.

 

Les socialistes (l’auteur exclut les révolutionnaires) sont-ils plus convaincants ? En procédant à la même analyse, très minutieuse, François Vidal expose les théories de Saint-Simon, Fourier, Proudhon et Pecqueur, ainsi que celles de l’école de la communauté. À l’exception de cette dernière, aucune n’offre à ses yeux de solution qui empêche l’inégalité de renaitre. Vidal, qui s’inspire explicitement de Morelly (Code de la nature, 1755) penche donc vers le communisme qui assure une répartition selon les besoins et il le défend avec des arguments qui anticipent parfois sur le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels. Mais comme il exclut toute révolution violente, l’instauration du communisme lui paraît exiger une longue préparation des esprits et n’est donc pas pour l’immédiat. Que faire alors en attendant ? François Vidal juge « utopique » l’organisation du travail de Louis Blanc parce qu’elle suppose un changement politique majeur. Il propose simplement d’associer les travailleurs aux bénéfices dans l’industrie et de créer des colonies agricoles qui délesteront les villes de leur population en excédent, avec l’espoir que ces colonies, sortes de phalanstères, se diffuseront dans la société. Ces remèdes paraissent bien modestes, peu susceptibles d’empêcher la révolution sociale que l’auteur voit venir avec appréhension. Bilan décevant ? Non, car l’ouvrage, d’une haute qualité intellectuelle, révèle assez bien les contradictions vécues par les réformateurs de l’époque, lorsque séduits par l’utopie, ils s’efforçaient malgré tout de la passer au crible d’un examen très lucide. La révolution de 1848 amènera François Vidal à s’engager plus avant dans la lutte politique.

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Dokumenttyp
Rezension (Zeitschrift)
Zeitschrift
Revue d'histoire du XIXe siècle
Autor (Rezension)
Textsprache(n) (Rezension)
French
Textsprache(n) (der rezensierten Schrift)
French
Herausgeber (Name oder Institution)
Centre de Sociologie Historique
Titel
Cahiers pour l’analyse concrète
Erscheinungsjahr
2013
Band
70-71
Heftnummer
François Vidal, De la répartition des richesses ou de la justice distributive en économie sociale, ouvrage contenant l’examen critique des théories exposées soit par les économistes, soit par les socialistes
Erscheinungsort
Montargis
Verlag
Centre
ISSN
0398-0677
Thematische Klassifikation
Politikgeschichte, Wirtschaftsgeschichte
Zeitliche Klassifikation
19. Jh.
Regionale Klassifikation
Frankreich
Schlagwörter
Vidal, François
Politische Ökonomie
Politisches Denken
Wirtschaftstheorie
Original URL
http://rh19.revues.org/4474
recensio-Datum
19.02.2014
recensio-ID
d20f7dd4c63f4009842a9c18d3351fa7
DOI
10.15463/rec.1189724654

Huard, Raymond: Rezension über: Cahiers pour l’analyse concrète, 70-71, François Vidal, De la répartition des richesses ou de la justice distributive en économie sociale, ouvrage contenant l’examen critique des théories exposées soit par les économistes, soit par les socialistes (2013), in: Revue d'histoire du XIXe siècle, 2013, 46, DOI: 10.15463/rec.1189724654, heruntergeladen über Website

URL
https://recensio-stag.lorax.syslab.com/rezensionen/zeitschriften/rh19/2013/46/cahiers-pour-l2019analyse-concrete
Erstpublikation
http://rh19.revues.org/4474

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