Jean-Louis Guereña / Alejandro Tiana Ferrer (eds.): Formas y espacios de la educación popular en la Europa mediterránea. Siglos XIX y XX (reviewed by Delphine Diaz)


Le point de départ de cette réflexion sur les formes et espaces de l’éducation populaire dans l’Europe méditerranéenne, du XIXe siècle aux années 1960, est un colloque organisé en Espagne en 1987 (« Clases populares, Cultura, Educación, Siglos XIX-XX »), qui abordait un thème alors pionnier et qui a donné lieu, deux ans plus tard, à la publication d’une partie des actes en espagnol. Ce nouveau livre collectif se propose de rouvrir le dossier, tout en s’inspirant des acquis d’une historiographie en plein développement. À travers l’étude de quatre pays – France, Espagne, Italie et Portugal –, guidée par cinq thématiques d’ensemble, l’ouvrage commence par interroger l’expression même d’éducation populaire. En espagnol, elle est employée et diffusée par les hommes de lettres des Lumières, comme le fait Pedro Rodríguez de Campomanes (1723-1803) dans un ensemble de textes consacrés à l’éducation des artisans, publiés entre 1774 et 1775. Pour mener une histoire méditerranéenne de l’éducation populaire, les auteurs s’appuient sur des sources administratives et des fonds privés, mais aussi sur l’étude d’archives radiophoniques et cinématographiques.

La première partie du livre interroge les liens entre éducation populaire et sociabilité. Françoise Tétard relie le développement de l’éducation populaire en France aux circonstances de l’affaire Dreyfus et montre comment, plus tard, le Conseil national de la Résistance a consacré l’expression en la dotant de majuscules. La contribution de Maurizio Ridolfi éclaire la sociabilité populaire italienne, du Risorgimento jusqu’au régime fasciste ; cheminant depuis le développement des sociétés populaires dans les années 1840, en passant par les Chambres du travail dans les années 1890, jusqu’aux visées éducatives des structures de sociabilité fascistes. Une deuxième partie, plus riche, confronte l’étude de l’éducation d’adultes, des classes pour ouvriers et de la formation professionnelle. Philippe Marchand remonte à la Restauration pour étudier les cours du soir pour adultes dans la France du XIXe siècle, même si c’est la monarchie de Juillet qui les a officiellement placés sous le contrôle du ministère de l’Instruction publique, en attendant la Troisième République et surtout les années 1890, véritable apogée des cours pour adultes et des conférences populaires. Les cours spécifiquement pensés pour les ouvriers se développent aussi en France à partir de la Restauration, prenant d’abord la forme de cours de dessin organisés dans les ports maritimes, mais il faut attendre la loi Astier de 1919 pour que soit encadrée l’organisation de l’enseignement technique, industriel et commercial, rendu obligatoire pour les apprentis de moins de 18 ans. La chronologie s’avère légèrement différente en Espagne, où c’est la dictature de Primo de Rivera qui adopte deux décrets statuant sur l’enseignement industriel et la formation professionnelle. À travers ce nouveau modèle éducatif mis en place en Espagne, comme le montre María Luisa Rico Gómez, il s’agit tout à la fois de disposer d’une main-d’œuvre ouvrière mieux formée mais aussi mieux contrôlée par le pouvoir. Le troisième temps de l’ouvrage se focalise sur les universités populaires et les maisons du peuple. Jean-Louis Guereña et Alejandro Tiana Ferrer mettent en évidence les influences européennes sur l’éducation populaire en Espagne, où ont été fondées, au tournant du XIXe et du XXe siècle, des Casas del pueblo : empruntant au modèle de la « Maison du peuple » de Bruxelles, elles se sont peu à peu transformées en véritables centres culturels et éducatifs. Parallèlement, les « universités populaires » ont également connu leur essor, aussi bien en France qu’en Espagne, où ces institutions ont été créées à Valence (1903), Madrid (1904) ou Séville (1905). Si elles ont disparu sous le franquisme, elles renaissent avec la transition démocratique. L’expansion des universités populaires en France a quant à elle accompagné le mouvement des bourses du travail. Les conférences organisées à l’université populaire de Lille prenaient ainsi la forme d’analyses de livres et de lectures collectives, qui s’accompagnaient aussi de consultations médicales et juridiques gratuites.

De nouveaux médias ont modifié la façon d’appréhender l’éducation populaire en Europe méridionale, comme s’emploie à le montrer la quatrième partie du livre. Elisabetta Girotto restitue l’importance d’une émission de radio – Radio scuola – et d’un programme télévisuel – Telescuola – dans la politique d’alphabétisation de l’Italie des années 1950, à une époque où l’on comptait encore 40 % d’analphabètes en Calabre et en Sicile. Enfin, un dernier temps de l’ouvrage, plus court, se consacre à la façon dont l’Église catholique a investi l’éducation populaire. Gilda Nicolai analyse les initiatives prises par l’Église en Italie au profit de l’éducation populaire féminine après l’encyclique Rerum Novarum et insiste en contrepoint sur l’absence d’initiatives laïques. Dans sa contribution sur les mouvements catholiques de jeunesse dans l’Espagne franquiste, Feliciano Montero souligne le grand nombre de jeunes touchés par les campagnes de la Jeunesse ouvrière chrétienne, mais aussi la tournure ouvriériste prise par celles-ci à la fin des années 1950.

L’ouvrage met ainsi en évidence la grande variété des voies par lesquelles l’éducation populaire a été encouragée dans l’Europe méridionale contemporaine, que ce soit par l’État ou la société civile. On peut regretter en revanche la rareté des contributions qui, comme celle portant sur les Casas del Pueblo, adoptent une approche véritablement comparée en abordant plusieurs espaces nationaux. Si de nombreux éclairages sont apportés sur les institutions qui ont contribué à développer l’éducation populaire, resterait encore à faire entendre le témoignage des auditeurs qui ont assisté aux cours du soir ou aux conférences populaires, ou même la voix de leurs orateurs, démarche qu’avait adoptée Alain Corbin dans Les Conférences de Morterolles.

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Document type
Review (monograph)
Journal
Revue d'histoire du XIXe siècle
Pages
210-212
Author (Review)
Language(s) (review)
French
Language(s) (reviewed text)
Spanish
Editor(s) of the presented monograph
Title
Formas y espacios de la educación popular en la Europa mediterránea
Subtitle
Siglos XIX y XX
Year of publication
2016
Place of publication
Madrid
Publisher
Casa de Velázquez
Series
Collection de la Casa de Velázquez
Series (vol.)
157
Number of pages
IX, 433
ISBN
978-84-9096-052-3
Subject classification
History of education
Time classification
19th century, 20th century
Regional classification
Europe
Subject heading
Südeuropa
Bildung
Geschichte 1800-2000
Original source URL
http://journals.openedition.org/rh19/5349
recensio-Date
May 25, 2018
recensio-ID
114f227b8d2c4ff2a564d7dfe0010b6f
DOI
10.15463/rec.1829925977

Diaz, Delphine: review of: Jean-Louis Guereña / Alejandro Tiana Ferrer (eds.), Formas y espacios de la educación popular en la Europa mediterránea. Siglos XIX y XX, Madrid: Casa de Velázquez, 2016, in: Revue d'histoire du XIXe siècle, 2017, 55, p. 210-212, DOI: 10.15463/rec.1829925977, downloaded from Website

URL
https://recensio-stag.lorax.syslab.com/rezensionen/zeitschriften/rh19/2017/55/formas-y-espacios-de-la-educacion-popular-en-la-europa-mediterranea
First published
http://journals.openedition.org/rh19/5349

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