James C. Whorton: The Arsenic Century. How Victorian Britain was Poisoned at Home, Work, & Play (reviewed by Jean-Christophe Coffin)


James C. WHORTON, The Arsenic Century. How Victorian Britain was Poisoned at Home, Work, & Play, Oxford, Oxford University Press, 2010, 412 p. ISBN: 978-0-19-957470-4. 16,99 livres sterling.

Professeur reconnu d’histoire de la médecine, savourant désormais les joies de la retraite et la liberté d’écrire sur les sujets qui lui paraissent les plus pertinents, James C. Whorton a choisi l’arsenic. On pourrait toutefois se demander si consacrer tout un ouvrage à cette substance était bien nécessaire ? On comprend très vite que, loin d’être anecdotique, l’arsenic a traversé l’espace public anglais tout au long des dernières décennies du XIXe siècle, période privilégiée par l’auteur. Ce moment victorien dont on sait qu’il n’a pas toujours eu la retenue qu’on lui prêtait, a été le théâtre d’une quasi-passion pour l’arsenic, accompagnée d’une crainte dont l’intensité n’était pas moindre. C’est le talent de James C. Whorton que de savoir restituer les angoisses et les excitations, et d’offrir à la fois des détails savoureux et des débats fort sérieux quant à l’utilisation de cette substance aux multiples facettes.

Peut-être plus encore que de poison et de morts, le livre traite d’affaires de sentiments et d’émotions. L’arsenic est en effet un produit multi-usage et bien des femmes cherchent à l’utiliser pour redonner à leurs époux leur vigueur d’antan. Ce sont en effet les femmes, plus que les hommes, qui semblent se passionner pour l’arsenic tout en étant aussi les premières à s’inquiéter d’usages erronés. Souvent rangé dans la cuisine, il est naturellement source d’accidents innombrables. Car l’arsenic a les défauts de ses qualités. Poudre discrète, idéale pour donner la mort, on peut aisément la confondre avec des substances inoffensives. C’est toute la difficulté pour les enquêteurs, lorsque le drame survient, de savoir si le poison s’est retrouvé dans l’assiette par mégarde ou par intention. Cette dernière hypothèse ne peut être écartée, car s’il accompagne le grand développement industriel anglais, force est de constater que l’arsenic est utilisé pour se débarrasser de son voisin ou de son conjoint. L’opinion reste particulièrement frappée, par exemple, par le cas de cette institutrice qui pense qu’un peu de poudre pourra la débarrasser de sa mère fort encombrante dans sa vie privée. Visiblement satisfaite d’avoir réussi avec autant de facilité, elle continue à faire disparaître ses proches tout en obtenant de nombreuses compensations financières ! La femme empoisonneuse prend vite forme dans l’espace public et reçoit à l’occasion une certaine validité scientifique : la femme criminelle est une dissimulatrice par penchant et le poison devient donc son arme favorite. Face à l’augmentation du nombre d’enfants empoisonnés, le parlement anglais décide en 1850 de restreindre le système d’assurance qui octroie une compensation financière aux parents en cas de décès précoce (moins de dix ans) d’un enfant.

Mais ce n’est qu’un aspect de cette histoire car l’arsenic est aussi présent dans de nombreux produits de la vie courante : cosmétiques, bougies, cigarettes, etc. On s’inquiète qu’il puisse se répandre dans l’atmosphère jusqu’au plus haut niveau du royaume ; la reine Victoria craignait visiblement que l’arsenic contamine son palais. La régulation plus sévère de son usage fut très délicate car on y voyait en Angleterre un frein au développement économique : comme le note l’auteur, son utilité était jugée indéniable en dépit des méfaits qu’il avait pu entraîner et dont la presse se faisait l’écho.

Le livre est accessible même à un public dont l’anglais n’est pas la langue d’usage quotidien et les nombreuses sources mobilisées par l’auteur montrent bien que son sujet est loin d’être marginal. Il s’appuie abondamment sur les journaux de chimie, les publications médicales et sur la presse populaire qui ont consacré de nombreuses pages à cette substance qui prit une telle importance dans l’Angleterre de la seconde moitié du XIXe siècle. L’ouvrage offre l’occasion d’aborder sous un angle singulier mais nécessaire la question criminelle et les représentations sociales des femmes. Sa lecture est pertinente pour ceux qui s’intéressent à la médecine légale et ouvre des perspectives évidentes à ceux qui explorent aujourd’hui les sensibilités à l’environnement. En effet James C. Whorton souligne combien la présence de l’arsenic a rendu nécessaire l’étude des substances toxiques favorisant ainsi le développement de la toxicologie dans les pratiques de l’enquête médico-légale ; de la même manière il a contribué à mieux identifier les risques de pollution de l’air respiré par les enfants notamment.

Pour se convaincre que cet épisode a laissé des traces, dans nos représentations, on ne peut que conseiller de programmer une soirée pour visionner Arsenic et vieilles dentelles (1944)du réalisateur américain Franck Capra.

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Type de document
Recension (monographie)
Revue
Revue d'histoire du XIXe siècle
Auteur (recension)
Langue (de la recension)
French
langue (de la revue)
English
Auteurs
Titre
The Arsenic Century
Sous-titre
How Victorian Britain was Poisoned at Home, Work, & Play
Année de publication
2010
Lieu de publication
Oxford
Maison d'édition
Oxford Univ. Press
Nombre de pages
412
ISBN
978-0-19-957470-4
Thème
Histoire de la médecine, Histoire du droit, Histoire des sciences, Histoire des genres, Histoire culturelle et sociale, Histoire du journalisme, des médias et de la communication
Période
1900 - 1919, XIXe siècle
Espace
Grande-Bretagne
Mots-clés
Arsen
Giftmord
Toxokologie
Forensik
Viktorianisches Zeitalter <1837-1901>
URL de référence
http://rh19.revues.org/index4133.html
recensio-Date
17/08/2011
recensio-ID
4e5d97a3593f9d3d65d4da6c150da22a
DOI
10.15463/rec.1189722811

Coffin, Jean-Christophe : recension de : James C. Whorton, The Arsenic Century. How Victorian Britain was Poisoned at Home, Work, & Play, Oxford : Oxford Univ. Press, 2010, dans : Revue d'histoire du XIXe siècle, 2011, 42, DOI: 10.15463/rec.1189722811, téléchargé depuis Website

URL
https://recensio-stag.lorax.syslab.com/rezensionen/zeitschriften/rh19/2011/42/the-arsenic-century
Première publication
http://rh19.revues.org/index4133.html

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