Vincent Robert: Le temps des banquets. Politique et symbolique d'une génération (1818-1848) (reviewed by Christophe Voilliot)


Vincent ROBERT, Le temps des banquets. Politique et symbolique d’une génération (1818-1848), Paris, Publications de la Sorbonne, 2010, 431 p. ISBN : 978-2-85944-625-3. 38 euros.

Ce livre est issu du dossier d’habilitation à diriger des recherches de Vincent Robert, dont la publication était attendue. Nul n’ignore le rôle décisif de la campagne des banquets de 1847-48, souligne l’auteur en préambule, mais très souvent ces derniers n’apparaissent qu’à travers la mise en scène de l’ultime crise politique de la monarchie de Juillet. Or, pour comprendre ces banquets, il est à la fois nécessaire de les appréhender dans une temporalité plus longue et à travers leurs significations symboliques. Parce qu’ils étaient un subterfuge pour contourner l’interdiction des réunions publiques, « la seule manière, anodine mais juridiquement inattaquable, de tourner la lettre de la loi » (p. 11), les banquets furent une modalité d’action privilégiée par les opposants à la monarchie restaurée puis au régime issu de la révolution de juillet 1830.

Première réunion publique de l’opposition libérale depuis 1815, le banquet de l’« Arc-en-ciel », organisé à Paris le 5 mai 1818 dans la perspective des élections partielles prévues à l’automne, représente une modalité d’action collective promise à un bel avenir. Inscrits dans des logiques coutumières de sociabilité, les banquets rassemblaient sous la Restauration un public de notables et, sauf exception, exclusivement masculin. Ils étaient l’occasion d’honorer un grand homme, très souvent un parlementaire. Comme ils ne pouvaient représenter un véritable trouble à l’ordre public, il était difficile de les interdire ; le plus souvent l’administration se contentait de les surveiller et d’en comptabiliser les participants, même au plus fort de l’offensive libérale consécutive aux élections de 1827. Seuls les fonctionnaires publics pouvaient donc être sanctionnés pour avoir participé à l’un de ces banquets. Pour Vincent Robert, ils doivent être considérés comme une « matrice de l’association politique » (p. 101), substitut « en pointillé » de formes d’organisation moins souples et plus facilement réprimées par les autorités d’alors. Ce faisant, ils exprimaient les valeurs de la société libérale, rassemblant et fabriquant symboliquement des égaux le temps d’un repas. Sous la monarchie de Juillet, on constate une relative démocratisation de l’exercice : le banquet offert le 30 septembre 1832 à Lyon en l’honneur de Garnier-Pagès rassembla environ 1 800 participants dont beaucoup étaient issus du peuple nous dit Vincent Robert, au point même qu’une nouvelle tentative analogue au printemps 1833 a fait l’objet d’une interdiction préfectorale. Même s’ils conservent leur inspiration libérale, les banquets des années quarante deviennent progressivement une « métaphore de la cité future » dont la « puissance idéologique » (p. 225) inspira aussi bien Michelet que Pierre Leroux. La campagne pour la réforme électorale de 1840 illustre l’importance des banquets dans les luttes politiques. Ils permirent de relayer des mots d’ordre politiques sur l’ensemble du territoire et de mobiliser au-delà du seul électorat censitaire. C’est dans ce cadre que se déroula à Belleville, le 1er juillet 1840, un « banquet communiste ». Il n’y a pas là uniquement matière à anecdote, on retrouve en effet en 1848 cette « irruption brutale des milieux populaires » (p. 254) dans les banquets réformistes et cette dynamique de mobilisation qui profitera aux républicains.

Au-delà de leur efficacité politique, la dimension symbolique des banquets est très importante, « à l’entrecroisement de toute une série de fictions qui fondent l’ordre social et politique, et même religieux, au centre d’un réseau de significations et de références d’une richesse presque infinie » (p. 393). De cette richesse, l’auteur rend compte à travers plusieurs chapitres passionnants consacrés à la dramaturgie du banquet, à la métaphore, attribuée à Malthus, du « grand banquet de la nature » ou à la construction de la légende du dernier banquet des Girondins. Regrettons seulement que, dans le plan de l’ouvrage, ces chapitres intercalés viennent interrompre l’étude chronologique des mobilisations, limitant ainsi les comparaisons indispensables entre des séquences successives dont les acteurs sont souvent les mêmes.

Dans la conclusion de son étude, Vincent Robert revient sur la mauvaise fortune historiographique des banquets, victimes selon lui du « compartimentage de l’histoire politique du XIXe siècle » et du « mépris d’une partie des historiens pour ce qui n’entrait pas dans le jeu des institutions » (p. 398). Le constat est sévère mais loin d’être infondé : très souvent la lecture d’auteurs et surtout d’historiens contemporains de ces événements permet de restituer des logiques d’actions et des pratiques dont la signification nous est devenue aujourd’hui mystérieuse. Pour autant, cet exercice – auquel l’auteur s’adonne avec délectation et érudition – le conduit parfois à des jugements péremptoires ou contestables sur l’historiographie récente, qui n’apportent rien à la démonstration d’ensemble.

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Type de document
Recension (monographie)
Revue
Revue d'histoire du XIXe siècle
Auteur (recension)
Langue (de la recension)
French
langue (de la revue)
French
Auteurs
Titre
Le temps des banquets
Sous-titre
Politique et symbolique d'une génération (1818-1848)
Année de publication
2010
Lieu de publication
Paris
Maison d'édition
Publ. de la Sorbonne
Collection
Histoire de la France aux XIXe et XXe siècles
Volume
69
Nombre de pages
431
ISBN
978-2-85944-625-3
Thème
Histoire politique, Histoire culturelle et sociale
Période
XIXe siècle
Espace
France
Mots-clés
Politische Kultur
Politischer Wandel
Liberalismus
URL de référence
http://rh19.revues.org/index4116.html
recensio-Date
17/08/2011
recensio-ID
48fd298a450b43d82087144e0bec3bcb
DOI
10.15463/rec.1189727315

Voilliot, Christophe : recension de : Vincent Robert, Le temps des banquets. Politique et symbolique d'une génération (1818-1848), Paris : Publ. de la Sorbonne, 2010, dans : Revue d'histoire du XIXe siècle, 2011, 42, DOI: 10.15463/rec.1189727315, téléchargé depuis Website

URL
https://recensio-stag.lorax.syslab.com/rezensionen/zeitschriften/rh19/2011/42/le-temps-des-banquets
Première publication
http://rh19.revues.org/index4116.html

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