Daniel Justin Herman: Hell on the Range. A Story of Honor, Conscience, and the American West (reviewed by Tangi Villerbu)
Daniel Justin HERMAN, Hell on the Range. A Story of Honor, Conscience, and the American West,New Haven, Yale University Press, 2010, 365 p. ISBN 978-0-300-13736-1, 45 dollars.
L’exploration de la violence de l’Ouest américain est depuis longtemps un terrain fertile pour les historiens, que ce soit pour en étudier les aspects quantitatifs et donc prendre la mesure relative de cette violence devenue médiatiquement archétypale, pour tenter d’y apporter des modèles d’explication globaux, ou pour scruter au plus près les lieux et les épisodes de ce récit de la violence, en tentant de renouveler une vieille histoire des héros et de bandits de l’Ouest.
Daniel Justin Herman a choisi d’analyser en détail la Guerre du « Rim Country » qui ravagea le cœur de l’Arizona dans les années 1880 en occasionnant un flot de meurtres, et d’en tirer une tentative d’explication de ce type d’éruption de violences interpersonnelles s’inscrivant dans les logiques collectives sociales et culturelles. En élargissant la focale habituellement resserrée sur la seule Pleasant Valley, il espère pouvoir apporter une interprétation qui prendrait en compte toute la complexité de la stratification du peuplement de la région et tournerait autour de deux notions d’« honneur » et de « conscience ». Daniel J. Herman emprunte la première à Bertram Wyatt-Brown, pour qui la culture sudiste – qui s’est exportée à l’Ouest – est fondée sur le courage physique, la loyauté familiale, la réputation et la démonstration de sa propre richesse et générosité par l’hospitalité, le jeu, la boisson, le ressort de la vantardise et de la honte. Il lui oppose un idéal antagoniste développé dans le Nord abolitionniste fait de courage moral, de piété individuelle, de frugalité, de rejet du luxe ostentatoire, de sobriété, et de la réhabilitation des coupables plus que de leur stigmatisation.
La narration offerte par Daniel J. Herman est impeccable. L’arrivée des premiers colons, leurs choix des modes de conquête et de mise en valeur des territoires, en fonction de leurs impératifs divergents, est parfaitement traitée, qu’il s’agisse de petits colons en perpétuelle quête de terres, de Mormons souhaitant étendre leur zone de peuplement dans la plus aride des pauvretés, de cow-boys texans, de marchands juifs souvent venus d’Allemagne, d’entrepreneurs de toutes sortes et d’éleveurs de moutons. Les acteurs sont prêts, et leurs relations assez tendues pour que la grave crise de l’élevage bovin qui touche tout l’Ouest à partir de l’hiver 1886-1887 les entraîne dans le chaos des assassinats, des lynchages, des cycles de vengeances qui paraissent sans fin.
Ce qui caractérise l’épisode, comparativement à d’autres dans l’Ouest, c’est d’après Daniel J. Herman sa « confusion » (p. 284), ce qui ne facilite pas sa lecture. Et de fait, l’auteur ne choisit guère, en fin de compte, de modèle explicatif clair. En affirmant que les notions d’honneur et de conscience ne recoupent pas les habituelles segmentations du monde social opérées par les historiens américains en fonction de la race, de l’ethnie, de la classe et de du genre (et on notera que Daniel J. Herman, comme la plupart de ses collègues, néglige le fait religieux alors même qu’il ne cesse d’évoquer les Mormons), l’auteur ne clarifie pas son propos. Il est certes nécessaire d’en appeler à un dépassement d’un simpliste schéma qui verrait dans le conflit en question une lutte entre des formes économiques, sociales et culturelles traditionnelles d’un côté et l’invasion du capitalisme industriel de l’autre (l’hypothèse de la « Western civil war of incorporation », développée par Richard Maxwell Brown), mais refuser de choisir une interprétation en affirmant que chacun en ces années 1880 use à la fois des deux codes ne peut être pleinement satisfaisant, car si la complexité des situations individuelles est ainsi admise à juste titre, les logiques collectives n’en deviennent que plus opaques.
La suite de l’histoire, qu’entreprend de brosser à grands traits Daniel J. Herman, permet d’y voir plus clair : l’Arizona progressiste des années 1890, 1900 et 1910 est celui de la victoire de la conscience, portée très loin par le premier gouverneur, George Hunt – même si Daniel J. Herman fait l’impasse sur la question hispanique, dont le traitement permettrait de relativiser le tableau très élogieux du nouvel État – mais qui échoue sur le retour à la normalité promue après la Première Guerre mondiale. Cette phase finale est personnifiée ici par Zane Grey, auteur de romans westerns au succès phénoménal dans les années 1920 et 1930, qui prennent l’Arizona comme cadre et mettent souvent en scène le conflit de Pleasant Valley, et qui seraient une forme de retour à la valorisation de l’honneur, sous une forme atténuée permettant d’aboutir à un compromis acceptable qui fait l’Ouest actuel, toujours considérablement ambigu dans le rapport qu’il propose à la violence.
En définitive, Daniel J. Herman donne là, d’une belle plume, un récit brillant d’une page d’histoire de l’Ouest en même temps que matière à réflexion sur une question très vaste et que fera encore couler beaucoup d’encre, celle de la violence nichée au cœur de l’expérience américaine.
- Dokumenttyp
- Rezension (Monographie)
- Zeitschrift
- Revue d'histoire du XIXe siècle
- Autor (Rezension)
- Textsprache(n) (Rezension)
- Textsprache(n) (der rezensierten Schrift)
- Autoren
- Titel
- Hell on the Range
- Untertitel
- A Story of Honor, Conscience, and the American West
- Erscheinungsjahr
- Erscheinungsort
- Verlag
- Reihe
- Umfang
- ISBN
- Thematische Klassifikation
- Zeitliche Klassifikation
- Regionale Klassifikation
- Schlagwörter
-
Mormons
Arizona
Payson Region
19th century
Frontier and pioneer life
Rangelands - Original URL
- http://rh19.revues.org/index4136.html
- recensio-Datum
- 17.08.2011
- recensio-ID
- 5afe31e98ab70f3b786e202946f6e9c6
- DOI
- 10.15463/rec.1189729037
Villerbu, Tangi: Rezension über: Daniel Justin Herman, Hell on the Range. A Story of Honor, Conscience, and the American West, New Haven: Yale Univ. Press, 2010, in: Revue d'histoire du XIXe siècle, 2011, 42, DOI: 10.15463/rec.1189729037, heruntergeladen über Website
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